Dialogue on the Threshold

Диалог на пороге

Tuesday, 31 August 2010

Trulla aurea

Les Grecs dont parle Juvénal mettaient au service de leur ambition une merveilleuse souplesse de caractère, leur devise était: Tout à tous, aussi le succès ne leur manquait guère. Habiles à composer leur visage sur celui du maître, ils flattaient; c’est le grand secret de plaire; ils applaudissaient en toute occasion, même dans des circonstances singulières :
Si bene ructavit, si rectum minxit amicus.
Les éructations, qu l’on dissimule avec tant de soin chez nous et dans beaucoup d’autres pays, ne sont pas considérées comme une incongruité chez les Arabes. Les gaz s’échappant de l’estomac sont l’indice d’une bonne digestion, d’une bonne santé, et les Orientaux diraient volontiers, à ceux qui rotent, comme nous à ceux qui éternuent : Dieu vous bénisse ! Quant au second chapitre, rectum minxit, il y a là un signe évident de vigeur, de jeunesse, et puisque ces actes s’accomplissaient en public, il n’est pas étonnant qu’ils fussent l’occasion de remarques de ce genre et de compliments analogues. Mais notre Grec ne se borne pas à cela; il félicite le patron qu’il encense d’une autre chose bien difficile à dire en français :
Si trulla inverso crepitum dedit aurea fundo.
Dusaulx n’a pas osé traduire ce vers, et bien d’autres ont fait comme lui. Une longue note latine de M. Achaintre donne tous les éclaircissements nécessaires sur ce passage si dégoûtant. Nous emprunterons encore à M. Constant Dubos deux vers de son excellente traduction. Nous l’avons dit, ce confrère se croit ici en plein clinique, il ne recule devant aucune expression, jugez-en :
De son anus béant si la charge élancée
Tombe avec bruit dans l’or de sa chaise percée.
C’est une paraphrase, mais elle dit tout; elle dit trop, sans doute, et nous regrettons les derniers mots qui ne rendent pas trulla aurea. Mais hâtons-nous de passer outre, car, si médecin que nous soyons, nous devons être discrets et ne pas abuser de ces particularités de garde-robe bonnes à réjouir les Purgon et les Diafoirus de Molière.

P. Menière, Études Médicales sur les Poètes Latins, Paris 1858




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